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Les investisseurs privés au cœur du financement d’impact : entre rendement et utilité

L’investissement à impact n’est plus un marché de niche. En 2025, il attire une nouvelle génération d’investisseurs privés — particuliers, family offices, business angels, plateformes d’épargne — qui cherchent à concilier rendement financier et utilité sociétale.
Face aux crises climatiques, sanitaires et sociales, ces investisseurs jouent un rôle décisif dans l’orientation du capital vers des projets ayant un impact mesurable : transition énergétique, santé, éducation, inclusion financière, agriculture durable, économie circulaire.

Longtemps réservé à quelques institutions, le financement d’impact devient aujourd’hui un levier accessible, structuré et attractif pour les épargnants européens. Cette transformation repose sur trois moteurs : une demande sociétale forte, un environnement réglementaire incitatif et la montée en maturité des solutions d’investissement.

Voici les 6 grandes tendances qui montrent comment les investisseurs privés transforment le financement d’impact en Europe.

1. La montée en puissance des particuliers dans le financement à impact

Les investisseurs individuels constituent désormais l’une des sources de financement les plus dynamiques du secteur impact.
En 2025, plusieurs évolutions expliquent cette accélération :

  • Une sensibilité croissante aux enjeux climatiques et sociaux.

  • Une demande d’investissements alignés avec les valeurs personnelles.

  • Une volonté de donner du sens à l’épargne, notamment chez les jeunes générations.

  • L’essor de nouveaux outils accessibles depuis les banques en ligne et les fintechs.

Par exemple :

  • En France, les fonds labellisés ISR et Greenfin ont vu le nombre d’épargnants tripler en quatre ans.

  • Aux Pays-Bas, la plateforme Meewind permet aux particuliers d’investir directement dans les infrastructures d’énergie renouvelable.

  • En Allemagne, les néobanques comme Tomorrow Bank orientent automatiquement une partie de l’épargne vers des projets environnementaux.

Cette implication grandissante des particuliers renforce considérablement la capacité du financement d’impact à soutenir des projets innovants et utiles.

2. Les family offices deviennent des acteurs clés de la transition durable

Les family offices européens — longtemps centrés sur la préservation du patrimoine — réorientent désormais une part significative de leurs allocations vers l’impact.
En 2025, certains family offices consacrent jusqu’à 25 % de leur portefeuille à des investissements alliant performance économique et utilité sociale.

Les domaines privilégiés :

  • la climatetech,

  • la santé numérique,

  • l’agriculture régénératrice,

  • la mobilité durable,

  • la finance inclusive.

Par exemple :

  • En Suisse, plusieurs family offices soutiennent des solutions de captation du carbone ou des technologies de stockage d’énergie.

  • En Italie, des familles industrielles investissent dans des fonds spécialisés en économie circulaire.

  • En France, des family offices comme Creadev participent au financement de projets d’éducation et d’impact social.

Grâce à ces acteurs disposant d’un capital patient, les entreprises à impact gagnent en stabilité, en longévité et en capacité d’innovation.

3. Les plateformes d’investissement démocratisent l’impact pour les petits épargnants

La digitalisation transforme radicalement l’accès au financement d’impact.
En 2025, des plateformes en ligne permettent d’investir quelques dizaines d’euros dans des projets à forte utilité sociale ou environnementale.

Parmi les acteurs importants :

  • LITA.co (Europe) : financement d’entreprises sociales et écologiques.

  • GoParity (Portugal) : projets d’énergie propre accessibles dès 5 €.

  • Wiseed (France) : financement participatif de projets d’impact.

  • Trine (Suède) : investissement dans l’accès à l’énergie solaire dans les pays émergents.

Ces plateformes proposent :

  • des obligations vertes,

  • des actions dans des entreprises sociales,

  • des projets d’énergie renouvelable,

  • des investissements dans l’agriculture durable,

  • des financements solidaires à taux modéré.

Elles permettent à des millions d’épargnants d'investir dans l’impact sans passer par les circuits traditionnels, souvent perçus comme complexes ou réservés à une élite.

4. Des produits d’épargne hybrides alliant rendement et utilité

Les acteurs financiers créent de nouveaux produits d’épargne qui intègrent automatiquement une dimension d’impact :
fonds multisectoriels, contrats d’assurance-vie intégrant une poche impact, produits d’épargne salariale responsables, fonds obligataires durables.

En 2025, plusieurs innovations se démarquent :

  • Les fonds à impact mesurable qui publient des indicateurs précis : tonnes de CO₂ évitées, emplois créés, bénéficiaires sociaux accompagnés.

  • Les produits d’épargne long terme intégrant des investissements dans les entreprises sociales ou les projets d’infrastructure verte.

  • Les fonds thématiques orientés vers la santé, la biodiversité, l’eau, l’éducation, la mobilité propre.

Exemples récents :

  • En Espagne, les banques incluent automatiquement une part de finance durable dans les produits d’épargne retraite.

  • En France, plusieurs assureurs ajoutent des unités de compte “impact” dans leurs contrats.

  • En Belgique, des fonds solidaires flèchent une partie des bénéfices vers des projets sociaux locaux.

Ces solutions hybrides permettent de concilier rendement, sécurité et utilité, répondant ainsi aux attentes d’une épargne européenne en quête de sens.

5. Les investisseurs privés contribuent à financer les marchés émergents

Le financement d’impact ne se limite plus à l’Europe. En 2025, une part croissante des investisseurs privés se tourne vers les marchés émergents où l’impact est le plus visible et où les besoins sont les plus importants.

Ces investissements soutiennent notamment :

  • l’accès à l’énergie solaire en Afrique,

  • les fintechs de paiement favorisant l’inclusion financière,

  • les startups agricoles,

  • les solutions de santé communautaire,

  • les programmes d’éducation numérique.

Des exemples emblématiques :

  • LeapFrog Investments, soutenu par des investisseurs privés européens, finance des projets d’assurance inclusive en Afrique.

  • Des plateformes comme Symbiotics ou Kiva permettent aux épargnants de financer des micro-entrepreneurs dans plus de 50 pays.

  • Des investisseurs européens participent à des fonds d’infrastructure verte pour l’Asie du Sud-Est ou l'Afrique de l’Est.

Cette internationalisation montre que les investisseurs privés jouent un rôle global dans la construction d’une économie plus durable et inclusive.

6. La mesure d’impact devient un critère décisif pour les investisseurs

En 2025, les investisseurs privés ne se contentent plus d’une simple étiquette “durable”. Ils exigent des preuves mesurables, transparentes et comparables de l’impact réel.

Les nouveaux standards incluent :

  • des indicateurs normalisés (IRA, SROI, données extra-financières),

  • des rapports d’impact annuels,

  • des tableaux de bord mesurant les avancées concrètes,

  • des audits indépendants,

  • des métriques sectorielles (CO₂, emploi, santé, éducation).

Par exemple :

  • Les fonds européens d’impact doivent désormais publier un reporting extra-financier détaillé.

  • Certaines plateformes fournissent des tableaux de bord en temps réel pour suivre l’impact des investissements.

  • Les néobanques responsables affichent les projets financés directement dans leurs applications.

Cette rigueur renforce la confiance des épargnants et permet de distinguer les investissements réellement utiles des simples opérations de communication.

Conclusion : vers une épargne européenne plus engagée, utile et performante

En 2025, les investisseurs privés — petits épargnants, family offices, plateformes et business angels — deviennent un pilier essentiel du financement d’impact.
Grâce à leur engagement, l’Europe accélère la transition vers un modèle économique plus durable, plus inclusif et plus résilient.

Ces investisseurs contribuent à :

  • financer des projets à forte utilité sociale,

  • soutenir la transition énergétique,

  • renforcer l’inclusion financière,

  • promouvoir l’innovation durable,

  • créer de la valeur économique et sociétale.

Plus qu’une tendance, le financement d’impact s’affirme comme un nouveau standard d’investissement.
L’épargne ne se contente plus de protéger : elle contribue à transformer.
Et dans cette transformation, les investisseurs privés deviennent une force motrice incontournable pour concilier rendement, utilité et futur durable.

Où vont les investissements VC en 2025 ?

L’année 2025 marque un tournant pour le capital-risque. Après une période de correction marquée par la prudence post-2021, les investisseurs reviennent sur le marché avec une vision plus sélective, plus stratégique, mais toujours ambitieuse. Certaines tendances se confirment, d’autres émergent, dessinant une nouvelle cartographie des secteurs les plus prometteurs.

Alors, où va l’argent du capital-risque cette année ? Voici un panorama des secteurs qui attirent le plus l’attention (et les fonds) des VC en 2025.

Le climat et la transition énergétique restent en tête des priorités

Le climate tech continue de séduire les investisseurs, porté par l’urgence climatique, les politiques européennes ambitieuses, et l’engagement des nouvelles générations.
En 2025, les fonds se tournent vers des solutions plus matures : stockage d’énergie, électrification industrielle, infrastructures vertes, et technologies de capture du carbone.

Les startups capables de combiner impact environnemental mesurable et viabilité économique deviennent les stars des portefeuilles VC. Les fonds créent même des équipes spécialisées pour capter les meilleurs dossiers du secteur.

L’intelligence artificielle passe du battage médiatique à l’adoption concrète

L’IA reste incontournable, mais l’approche évolue. Après l’explosion des modèles de langage et des outils génératifs en 2023–2024, les investisseurs misent désormais sur les applications sectorielles de l’IA : santé, logistique, cybersécurité, finance, éducation.

Les startups qui se contentent de “surfer sur l’IA” sans preuve d’utilité sont écartées. En revanche, celles qui intègrent l’IA pour résoudre des problèmes précis avec efficacité reçoivent un accueil très favorable.

La santé digitale et la biotechnologie reviennent au cœur des portefeuilles

Le secteur de la santé retrouve un second souffle en 2025. Les investisseurs ciblent des startups en healthtech, biotech et medtech, surtout celles qui allient innovation technologique et compréhension fine des besoins des patients.

On observe un fort intérêt pour les solutions liées à la santé mentale, la longévité, la médecine préventive, et la personnalisation des traitements via la donnée. La convergence entre technologie et biologie attire des tickets plus importants qu’auparavant.

La fintech se transforme, mais reste attractive

La fintech traverse une phase de consolidation, mais les projets solides continuent de lever. En 2025, les VC préfèrent des modèles plus résilients : infrastructure financière, outils B2B, sécurité des paiements, gestion d’actifs numériques.

Les néobanques et les solutions de paiement grand public ont moins la cote, sauf si elles affichent une rentabilité réelle et une différenciation claire. L’heure est à la maturité dans ce secteur autrefois surchauffé.

L’éducation et la formation professionnelle attirent un intérêt renouvelé

Le monde post-pandémie a changé la perception de l’éducation. En 2025, les investissements VC se dirigent vers des plateformes d’apprentissage continu, formation technique, et outils de requalification.

L’essor de l’IA et de l’automatisation crée une pression sur les compétences : les startups capables de proposer des formats flexibles, accessibles et certifiants rencontrent une forte demande — aussi bien du côté des particuliers que des entreprises.

L’agritech et la foodtech s’imposent comme des verticales stratégiques

La sécurité alimentaire et la durabilité deviennent des enjeux géopolitiques majeurs. En réponse, les VC s’intéressent aux innovations en agriculture régénérative, production locale, biotechnologie alimentaire, et logistique intelligente.

Des startups développant des alternatives aux pesticides, des capteurs intelligents pour les sols, ou des solutions d’agriculture verticale lèvent des fonds dans toute l’Europe. Ces technologies sont vues comme des leviers essentiels pour un futur résilient.

Moins de hype, plus de preuves

Ce qui caractérise les investissements VC en 2025, c’est une exigence renforcée de traction, de viabilité et d’impact concret. Les investisseurs recherchent des preuves : chiffre d’affaires, rétention, adoption, partenariats, réglementation maîtrisée.

L’époque des levées à neuf zéros sans produit fini est révolue. Désormais, l’équilibre entre vision ambitieuse et rigueur opérationnelle est la clé.

Conclusion : une année d’innovation responsable

En 2025, le capital-risque ne ralentit pas, il se réinvente. Les investissements se concentrent sur des secteurs à fort impact, où l’innovation technologique rencontre des besoins réels, sociétaux, et environnementaux. Cette évolution marque une nouvelle maturité de l’écosystème européen.

Pour les fondateurs, cela signifie qu’il faut allier audace, exécution, et alignement avec les grandes transitions du monde. Pour les investisseurs, 2025 est l’année où le capital-risque devient plus stratégique que jamais.

Corporate Venture Building : un levier stratégique pour les conseils d’administration

À l’ère du digital, la survie des grandes entreprises dépend de leur capacité à innover rapidement. Alors que l'espérance de vie moyenne d'une entreprise est passée de 90 ans en 1935 à un peu plus de 10 ans aujourd’hui, les conseils d’administration doivent désormais jouer un rôle actif dans la transformation de leurs organisations.

Le Corporate Venture Building : une réponse stratégique

Le Corporate Venture Building (CVB) s’impose comme un levier stratégique puissant pour créer de nouvelles sources de revenus tout en renforçant la résilience de l’entreprise. Ce modèle hybride permet de :

  • Tirer parti des actifs internes (clients, données, expertise sectorielle…)

  • Reproduire l’agilité des start-ups

  • Réduire les risques tout en accélérant l’innovation

Selon les experts, les entreprises qui adoptent ce modèle peuvent multiplier par 14 leurs chances de bâtir un business à forte croissance par rapport aux start-ups classiques.

🎯 4 leviers clés pour réussir un programme de Corporate Venture Building

Fixer des objectifs clairs et ambitieux

Définir une vision long terme, des axes de développement prioritaires, et des indicateurs de performance (OKR) est essentiel. Le conseil d’administration doit aussi statuer tôt sur la stratégie : spin-in (intégration au cœur de l’entreprise) ou spin-out (filiale autonome).

Adopter une logique de portefeuille et de financement progressif

Plutôt que de miser sur un seul projet, les entreprises les plus performantes adoptent une approche portefeuille, avec des décisions d’investissement basées sur des étapes clés (stage-gates). Cela permet d'optimiser le capital investi tout en réduisant les risques.

Mettre en place une gouvernance agile

L’un des freins majeurs à l’innovation est la lenteur des processus décisionnels. Pour réussir, il faut donner aux équipes une réelle autonomie, instaurer un cadre clair, et s’inspirer des meilleures pratiques des fonds de capital-risque.

Attirer et fidéliser les meilleurs talents entrepreneuriaux

Le succès d’un corporate venture repose sur ses fondateurs. Il faut savoir attirer des profils entrepreneurs/intrapreneurs et mettre en place des systèmes d’incentives inspirés des start-ups (participations, phantom shares, autonomie stratégique…).

📌 Leçons du terrain : le cas Axiata Digital

Le groupe télécom Axiata a lancé son programme de CVB en 2014. Résultat : des filiales comme Boost (wallet), ADA (data & marketing) ou Aspirasi (micro-financement) ont levé plus de 100 millions de dollars et généré des relais de croissance majeurs.

Leur recette du succès ?
👉 Une gouvernance claire, un capital dédié, des équipes autonomes, et une approche rigoureuse du portefeuille.

✅Pourquoi les conseils d’administration doivent s’impliquer dès aujourd’hui

Dans un monde où l’innovation est une question de survie, les conseils d’administration doivent :

  • Challenger la vision long terme

  • Soutenir l’investissement dans des projets disruptifs

  • Créer un environnement favorable à l’expérimentation et à la prise de risque contrôlée

Le Corporate Venture Building est bien plus qu’un buzzword. C’est une stratégie d’innovation structurée, mesurable et scalable, capable de transformer en profondeur les modèles économiques.